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Bruno-Manser-Fonds

Décembre 1996

Editorial

    Il y a 4'600'000'000 d'années naissait la Terre

    Reportons sur un ruban de 46 mètres de longueur ce laps de temps presque inimaginable: l'homme - le couronnement de la Création - en occupe exactement les 5 derniers millimètres.

    Nous pouvons aussi comparer la vie de la Terre à celle d'une personne de 46 ans. Des premières années de sa vie, nous ne savons rien du tout - et guère davantage des décennies suivantes: à 7 ans sont apparues les premières roches, à 30 ans les premiers organismes vivants, à 42 ans les premières fleurs. Les grands reptiles - les dinosaures - ne sont arrivés qu'à 45 ans (il y a une année) et les mammifères il y a 8 mois. Depuis le milieu de la semaine passée, il y a des singes à apparence presque humaine et des êtres humains qui ressemblent aux singes...

    Les glaciations ont occupé le dernier week-end. L'homme moderne existe depuis quatre heures et pratique l'agriculture depuis une heure. La révolution industrielle a débuté il y a une minute. Et au cours de ces 60 secondes de temps biologique, l'homme s'est mis à pulluler. Il a exterminé 600 espèces de vertébrés, pillé les ressources minérales et transformé une grande partie du paradis en une gigantesque poubelle. Les deux tiers environ de la forêt primaire de Bornéo - résultat de 160 millions d'années d'évolution - ont été anéantis ces 20 dernières années.

    "Des mois, des années passent jusqu'à ce que des conventions internationales âprement négociées entrent en vigueur. Les atteintes à l'environnement, telles que la pollution et la déforestation, progressent souvent plus rapidement que la mise en place de mesures pour les enrayer... Le temps du business avant tout doit prendre fin" a déclaré le nouveau président (malaysien) de l'Assemblée générale de l'ONU, Tan Sri Razali Ismail (New Straits Times, 19.9.96). Quant à lui, le conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz, chef du Département de l'économie publique, estime qu'il continue d'être opportun d'importer du bois tropical. Mais l'opportunisme aussi doit maintenant prendre fin: il est temps d'agir!

    Bien cordialement

Bruno Manser


Nouvelles du Sarawak - - par Bruno Manser

Long Sepigen, 1er décembre 1995 (BMF). - Trente agents des forces paramilitaires (Police Field Force) ont fouillé 11 huttes sans l'autorisation des villageois. Ne respectant pas la coutume, ils ont foulé la natte sans se déchausser et ont même enjambé un vieillard couché au sol, à la recherche d'une ration de sucre volée dans le camp des bûcherons.

Ulu Baram, 29 mars 1996 (BMF). - Pour intimider les Penan, les forces paramilitaires ont pointé leurs mitrailleuses sur les femmes et les enfants. Menotté, Stanley Lajo a été roué de coups. Deux jours plus tard, les Penan ont demandé à un conducteur de trax, entré dans leur forêt, d'arrêter ses destructions. Alors, les paramilitaires les ont à nouveau menacés. Arrivé sur les lieux, le lieutenant Anthony Besar a demandé à ses hommes de ne pas se montrer hostiles vis-à-vis des Penan. Dès qu'il est reparti, les paramilitaires se sont mis à défier les Penan: "Venez vous battre, si vous êtes courageux!" Et ils ont tiré 13 coups de feu, heureusement sans blesser qui que ce soit.

Long Sayan, 9 août 1996 (BMF). - Dans le cadre de l'établissement d'un barrage pour empêcher l'abattage de bois, six Penan (5 hommes et 1 femme) ont été arrêtés. "Leurs machines saccagent nos forêts et nos cultures. Essayer de discuter avec eux, c'est comme parler à des pierres... Seuls les barrages ont réussi, jusqu'ici, à freiner la destruction de notre milieu vital" explique le chef Ajeng Kiew.

Rumah Bungah, 19 octobre 1996 (SAM). - Sept hommes du peuple des Iban, arrêtés pour avoir résisté à la compagnie Limbang Trading, ont été libérés après une semaine d'emprisonnement. La Limbang Trading Co appartient au ministre Datuk James Wong.

La situation des Penan est toujours aussi désespérante. La région qu'ils habitent ne bénéficie toujours d'aucune protection, bien qu'il soit dans l'intérêt de la Malaysia de préserver les ressources et la biodiversité du pays. Ci-dessous, quelques déclarations de représentants des Penan et du gouvernement.

"La Compagnie nous dépouille de nos forêts et de nos champs. Mon coeur est en pleurs. Que vont devenir mes enfants? Des étrangers entrent dans ma hutte et importunent mes deux filles. Ils voulaient m'engager comme cuisinière - non merci! Venez vite délimiter nos terres. Je pense à la forêt et à mon mari, tué pour avoir défendu la forêt. Je ne veux pas que nos ennemis travaillent sur les tombes de mon mari et de mes grands-parents! La tombe de mon père et celle de mon frère sont déjà détruites. Dépêchez-vous, car la vie est difficile dans notre pays dévasté."

Dayang Oho, Long Kerameu (juin 1996)

"Si l'on vous dit que les Penan ont une vie facile, venez constater vous-mêmes, venez à Ulu Baram avec le gouvernement malaysien: nous pourrons vous montrer nos problèmes, vous pourrez les voir de vos propres yeux. Une partie de notre forêt est détruite, mais une autre partie est encore belle et intacte, comme autrefois, avec une réserve de nourriture suffisante pour nous. Nous avons besoin d'aide pour la protéger. Venez vite!"

Lakei Kelit, Ulu Baram (août 1996)

"L'exploitation excessive de certaines forêts a entraîné une forte érosion et une sédimentation accrue dans les fleuves du Sarawak... Le lessivage des sols conduit chaque année jusqu'à 60 millions de tonnes de terre dans nos fleuves."

James Dawos Mamit, Controller of Environmental Quality (New Straits Times, 4.7.96)

"La forme usuelle d'exploitation sylvicole, à rendement soutenu ("Sustained-yield timber production"), devrait être remplacée par une gestion durable de l'ensemble des ressources forestières, garantissant notamment la production à long terme d'eau potable, de rotin, de bambous, de plantes médicinales, de résines et d'autres produits jouant un rôle social important. Ce mode de gestion pourrait aussi prendre en compte d'autres fonctions de la forêt (lieu de délassement, etc). Il devrait en outre accorder une grande attention au maintien de la biodiversité forestière, en veillant à protéger la forêt par des parcs nationaux, des réserves de forêt primaire ("Virgin Jungle Reserve"/VJR) et des réserves faunistiques."

Datuk Ismail Awang, Forestry Director General (New Straits Times, 6.9.96)


      You tell a man
      he has no rights
      and that his land ist yours.

      You tell a woman
      she has no place
      whatever she endures.

      You take their land
      you come and take
      their place.

      When they fight back
      You say they have no
      case.

      from Paul McMahon (12 years),

      International School of Prague


Bruno - Manser - Fonds
Association pour les peuples de la forêt pluviale
BMF, Heuberg 25,
4051 Bâle, Suisse


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