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Quand la forêt amazonienne est amputée de cinq millions d'hectares chaque année, quand ce patrimoine vital, facteur essentiel de l'équilibre écologique de la planète est menacé de disparition, quand les peuples indiens sont exterminés ou réduits à la servilité : le temps n'est plus aux hésitations et aux atermoiements, mais à l'action...d'urgence ! » L'exposition « Amazonie-Urgence » est tirée d'une exposition inaugurée en Espagne et plus précisément à Madrid en 1991. Elle a été élaborée, au départ, par la Commission Pro-Amazonie d'Espagne et par l'association écologiste de défense de la nature.Solidarité Socialiste- Fonds de Coopération au Développement l'a adaptée et présentée au public francophone, du 4 au 20 juin 1993, à lEspace 27 Septembre, dans la cour intérieure du Ministère de la Culture et des Affaires Sociales de la Communauté française de Belgique. C'est une version "allégée" de cette exposition qui est proposée aux écoles, mouvements associatifs, centres culturels et bibliothèques. « Amazonie-Urgence » traite différents thèmes. Tous ayant un rapport concret et immédiat avec la situation dramatique que vit l'Amazonie : l'histoire, l'occupation des terres, la politique économique, la déforestation, les routes, les problèmes syndicaux, les centrales hydroélectriques et les grands barrages, les grands programmes miniers, l'impact écologique de l'activité humaine, les peuples indigènes et le concept d'un développement durable. OCCUPER POUR N'ETRE PAS ENVAHI Certains stratèges du Brésil des années soixante pensaient que si les Brésiliens n'occupaient pas l'Amazonie, celle-ci, tôt ou tard, serait déclarée zone internationale par un consortium de nations, dans le but de la peupler, probablement avec les Asiatiques en surnombre. La politique des militaires qui prirent le pouvoir en 1964 était claire en ce qui concerne l'Amazonie : occuper pour n'être pas envahi, ou, en d'autres termes, occuper l'Amazonie brésilienne à n'importe quel prix, en allant jusqu'à sa destruction, dans le but d'empêcher son internationalisation, quitte à recourir aux multinationales et aux organismes comme la Banque Mondiale, en vendant les ressources naturelles de la région, mais en y sauvegardant la souveraineté brésilienne. UNE TERRE SANS HOMMES POUR DES HOMMES SANS TERRE Emilio Garrastazu Médici, militaire et président de la dictature brésilienne au début des années soixante-dix, décida de résoudre le problème agraire du pays en envoyant les pauvres en Amazonie. Il fit constituer pour cela tout un réseau routier (plus de 15.000 Km), afin de rendre possible l'émigration massive d'hommes sans terre vers une terre sans hommes. En 1985, au Brésil, 1 % des propriétaires concentraient 45 % de la surface agricole, tandis que 10,6 millions de paysans étaient privés de terres, chiffres qui, pour l'ensemble de l'Amérique latine, se traduisent dans le fait que 7 % des propriétaires disposent de 93 % de la superficie cultivable. Garrastazu Médici, à l'instar des gouvernants des autres pays latinoaméricains, tenta d'atteindre divers objectifs : l'occupation de l'Amazonie viderait de son sens la timide réforme agraire, l'accroissement de la frontière agricole développerait la culture et l'élevage à des fins d'exportation; enfin, l'intégration de l'Amazonie dans la vie politique et économique du pays couronnerait le tout.
LES ROUTES Les routes transamazoniennes, Brasilia-Belém, Cuiabà-Porto Velho-Rio Branco, Porto Velho-Manaus et Cuiabà-Santarem sont les voies par lesquelles s'écoule le grand flux migratoire des pauvres et des déshérités du Sud et du Nord-Est vers l'Ouest. Face à la perspective de finir leurs jours dans une favela, ils préfèrent tenter leur chance et deviennent "garimpeiros" (chercheurs d'or) ou "posseiros" (paysans). Tout cela dans un pays aux ressources immenses, mais mal distribuées; un pays dans lequel 800.000 km2 de terres fertiles sont abandonnés à la spéculation des gros propriétaires. Le "Programme de Développement du Nord-Est brésilien" financé par la Banque Mondiale permet d'apprécier les conséquences d'une politique d'occupation menée sans connaissance du terrain. La route BR-364 unit Cuiabà à Porto Velho; sa construction a entraîné l'occupation des terres indigènes, la destruction de la forêt tropicale, la ruine des collecteurs de caoutchouc (les "seringueiros"), la faillite des projets agricoles, le tout dans une logique infernale d'extension constante de la frontière agricole, moyennant le procédé "couper-brûler". Les choses sont pires à l'arrivée qu'au départ : la propriété de la terre est plus concentrée, les relations de production se reproduisant dans les territoires occupés, les pauvres plus pauvres et la forêt et tous ses fruits détruits. L'ELEVAGE EXTENSIF L'élevage du bétail dans les haciendas spécialisées dans la production de viande bovine est une des causes principales de la destruction de la forêt tropicale au Brésil, en Colombie, en Bolivie et au Venezuela. Destruction à tous points de vue injustifiée, étant donné les faibles rendements obtenus, les destructions occasionnées, les problèmes sociaux générés et la viabilité d'autres alternatives. En Amazonie brésilienne, on obtient de 30 à 50 Kg de viande par hectare et par an contre 600 Kg de viande et 5.000 litres de lait en Europe pour la même superficie. Les pâtures sont abandonnées en peu d'années, étant donné leurs rendements décroissants. Dès lors, le processus d'abattage et de brûlis recommence : on obtient de deux à trois récoltes de maïs ou de manioc, puis la fertilité n'étant plus suffisante pour ces plantes, on finit par semer de l'herbe fourragère - moins exigeante - par avion, les étendues énormes nécessitant ce genre de moyens. Des études réalisées dans l'Etat de Para (Amazonie brésilienne) ont démontré que les pâturages supportent une vache à l'hectare aussitôt le défrichage effectué, ensuite, au fur et à mesure des années, les sols allant en s'appauvrissant, il faut jusqu'à dix hectares d'herbage pour nourrir une bête. LE "GARIMPEIRO" EST UN ANIMAL DANGEREUX La faillite retentissante des programmes de colonisation agricole fait qu'une partie de la population installée en Amazonie se consacre à l'extraction de minerais. Les quelque 600.000 "garimpeiros" (chercheurs d'or) et les entreprises minières produisent entre 80 et 120 tonnes d'or par an. Ce précieux métal est, en grande partie, exporté clandestinement via l'Uruguay. Les conflits entre "garimpeiros" et compagnies minières, comme la Paranapanema, et l'invasion des terres indigènes (Yanomami, Tucanos, Macu) pour la recherche de l'or sont des constantes dans l'histoire récente de l'Amazonie. La région souffre d'une grave contamination par le mercure qui est employé pour obtenir de la poudre d'or. Pour le seul Rio Madeira, en Rondonia, cent personnes au minimum sont mortes en présentant des symptômes évidents d'intoxication par le mercure. Le rejet de celui-ci affecte tous les cours d'eau de la région, comme c'est le cas dans la plus grande zone humide de la planète, le Pantanal, où dix tonnes de mercure sont déversées par an. RASSEMBLER POUR MIEUX DONNER Le poids de la dette extérieure du Brésil (115.000 millions de dollars) incite à une exploitation destructrice des ressources naturelles de l'Amazonie. Mais pour exploiter ces ressources, il faut consentir à d'importants investissements qui obligent à contracter de nouveaux prêts. Exporter est ce qui importe, sans tenir compte du coût environnemental. Les bois, les arbres transformés en charbon végétal pour servir de combustible aux usines sidérurgiques, l'eau - en tant que source d'énergie hydroélectrique pour la production de l'aluminium et les minéraux, tels le fer, le manganèse, l'étain, la bauxite et l'or sont les monnaies brésiliennes pour un échange inégal. La stratégie d'occupation a été une réussite pour ses concepteurs. Elle a, en partie, rempli le vide démographique. Mais elle a entraîné des coûts économiques, sociaux et écologiques énormes. La construction des routes transamazoniennes Cuiabà-Santarem, Cuiabà-Porto Velho et Périmètre Nord, la colonisation de Rondonia, les projets agricoles encouragés fiscalement, la construction de centrales hydroélectriques et le programme Grande Carajàs connaissent, dans la plupart des cas, une viabilité économique aléatoire. Aujourd'hui, l'Amazonie brésilienne abrite aux alentours de quinze millions de personnes dont le niveau de vie est le plus bas du pays. HYDROELECTRICITE Le plan 2010 de l'entreprise publique Electrobras prévoit la construction de vingt-deux centrales hydroélectriques en Amazonie : si la Banque Mondiale accorde le financement nécessaire, dans les prochaines années près de 100.000 km2 de forêt vierge pourraient être anéantis. Les centrales hydroélectriques de Tucuruf, Balbina et Samuel ont eu un impact sur la flore, la faune, les populations indigènes, le transfert de sédiments et le régime des bassins hydrographiques. Le barrage de Balbina, sur le fleuve Uatuma, a recouvert 2.346 KM2 de forêt, a coûté 750 millions de dollars, a aggravé les conditions de vie des Indiens Waimi-Atori, sans que la faune ait pu y réchapper : tout cela pour arriver à développer une puissance d'à peine250 Mw. La planification fut si mauvaise qu'il a été nécessaire de construire un nouveau barrage, celui de Cachoeira Porteira, afin de produire l'électricité nécessaire à l'alimentation des multinationales de la zone franche de Manaos. Les deux barrages prévus sur le fleuve Xingu inonderont 7.000 Km2 de nature; l'expulsion de l'anthropologue Darrel POSEY et les représailles menées contre les Indiens Kayapo, à qui est appliquée la loi d'expropriation alors qu'ils sont parmi les plus vieux habitants du Brésil, montrent les méthodes coercitives employées pour bloquer toute discussion. GRANDE CARAJAS Le programme Grande Carajas est la plus importante agression perpétrée à l'encontre de la forêt amazonienne dans le cadre d'un seul projet. L'origine de ce programme remonte à 1967, lorsqu'une filiale de la compagnie nord-américaine "U.S. STEEL Co" découvrit l'un des plus grands gisements de fer au monde : 18.000 millions de tonnes, pour une teneur en minerai de l'ordre de66 %. La zone affectée : 900.000 km2. Surface équivalente à lEspagne, au Portugal et à l'Italie réunis ! Les coûts des projets miniers, métallurgiques, énergétiques, forestiers, d'élevage et de transports atteignent le chiffre astronomique de 61.700 millions de dollars, plus de la moitié de la dette extérieure actuelle du Brésil, investissement de l'entreprise dEtat "Compania Vale do Rio Doce" qui ne sera rentable que par la violation des lois brésiliennes, en faisant table rase de toute tentative de préservation de la nature et du milieu ambiant. La CEE et la Banque Mondiale sont les principaux pourvoyeurs de fonds du programme Grande Carajàs, dont le plan prévoit la transformation de 25 millions de mètres cubes de bois en charbon végétal pour alimenter la sidérurgie, ce qui entraînera la destruction annuelle de 74.000 hectares de forêt vierge pour ce seul secteur. PROBLEMES SOCIAUX Liés à la destruction du couvert tropical, il convient de signaler les problèmes sociaux générés par les exploitations d'élevage dont les terres, dans le cas brésilien, ont été enlevées aux petits paysans ("posseiros"), aux collecteurs de caoutchouc ("seringueiros") et aux indigènes. Tous les procédés sont employés pour mener à bien ce vol collectif, y compris l'homicide des meneurs des collectivités qui s'opposent aux projets, comme le démontre l'assassinat de "Chico" Mendes, écologiste et syndicaliste bien connu, à Acre, le 22 décembre 1988. Des pistoleros à la solde des riches éleveurs se sont chargés de la besogne. Fait significatif : entre 1980 et 1990 plus de mille indigènes, petits paysans, prêtres et meneurs syndicaux ont été assassinés en Amazonie par des tueurs professionnels engagés par les gros propriétaires terriens. Seules quatorze affaires ont été jugées, ce qui est révélateur de l'impunité des commandites des meurtres. VERS UN DEVELOPPEMENT DURABLE EN AMAZONIE Nous avons tenté de décrire les processus de destruction en cours dans l'Amazonie brésilienne, similaires à ceux qui existent dans les autres pays de la région. N'importe quelle alternative à la dévastation de la forêt tropicale passe en premier lieu par un coup de frein à l'agression brutale que subissent la nature et ses habitants. Ce résultat ne pourra être obtenu que si une forte opposition se fait jour, tant ici que dans les pays touchés par ce drame. Nous sommes tous responsables du sac des ressources naturelles, nous sommes tous responsables de l'exploitation des habitants du bassin amazonien. L'Amazonie ne se sauvera probablement que si peuvent s'instaurer des relations moins injustes entre les pays "développés" et ceux que l'on dit en voie de développement. La dette extérieure et les prix des produits importés sont les causes déterminantes du saccage des ressources naturelles. Mais d'autres facteurs interviennent comme l'inégale distribution des terres et de la rente, et un modèle de développement insoutenable et déprédateur. L'alternative à la destruction actuelle ne peut être, non plus, la conversion de l'Amazonie en un immense parc naturel intouchable, patrimoine de lHumanité : les populations qui y vivent ont des besoins qui doivent être pris en compte. Parlons plutôt d'un modèle de développement soutenable qui envisagerait l'utilisation rationnelle et intelligente de l'écosystème tropical. Halte à l'abattage massif de la futaie, aux brûlis, à l'installation de pâtures et de champs sur des sols incapables de les supporter, aux centrales hydroélectriques, au reboisement par des espèces à croissance rapide (pins et eucalyptus) et à la production de charbon végétal. Il faut privilégier les activités de collecte et d'extraction des produits végétaux, la mise sur pied de réserves pour étudier la flore et la faune et une meilleure exploitation de l'immense capital génétique de l'Amazonie. La collecte du caoutchouc et des fruits tropicaux, une exploitation forestière respectueuse, quelques cultures viables, l'élevage d'animaux originaires de la région, la pisciculture et un écotourisme prudent sont quelques exemples d'activités qui ne compromettent pas la préservation de la diversité biologique et permettent l'utilisation soutenable de la forêt tropicale. Les populations indigènes ont vécu durant des millénaires en Amazonie, accumulant un vaste savoir. Aujourd'hui, ils sont gravement menacés d'extinction. Les Indiens détiennent pourtant les recettes qui, adaptées intelligemment aux spécificités conjoncturelles, permettront l'utilisation rationnelle et viable des ressources du bassin amazonien. "QUEIMADAS" Les "queimadas" - incendies de forêt volontaires ont détruit, pour la seule année 1987, 204.000 Km2 en Amazonie brésilienne, selon les données de l' « Instituto de Pesquisas Espaciais », élaborées à partir de l'information fournie par le satellite météorologique NOAA-9. La Banque Mondiale a estimé qu'au cours des trente dernières années, le Brésil a perdu 600.000 Km2 de son patrimoine forestier, soit une superficie équivalente à près de vingt fois la Belgique. A ce chiffre, il faut ajouter encore 100.000 Km2 abattus auparavant. Voilà pour les chiffres absolus. Mais plus préoccupant encore est le rythme croissant de la déforestation : au cours des quatorze dernières années, celle-ci a augmenté de 673 %! Si rien ne change, la forêt amazonienne aura disparu totalement dans vingt ans. Mais il faut être conscient que le point de non-retour, à partir duquel l'écosystème perdra sa fonctionnalité, est beaucoup plus proche! Une grande partie des "queimadas" sont provoqués par les propriétaires terriens qui peuvent ainsi étendre leurs pâturages. Mais la fuite devant l'impôt grâce à la concession d'exonérations fiscales et du fait de la revalorisation des terres sont les raisons ultimes qui expliquent l'expansion des élevages. L'IMPACT ECOLOGIQUE La dévastation que subit l'Amazonie aura de graves conséquences écologiques, économiques et sociales à très court terme et à quelque niveau que l'on se place - local, régional, et même mondial. Localement, la lixiviation (le lessivage) et l'érosion des fragiles sols tropicaux augmenteront. De seulement 0,1 tonne par an et par hectare lorsque la couverture végétale assure une protection efficace, elles pourront atteindre 60 à 300 tonnes. Non moins important, des milliers d'espèces disparaîtront actuellement, chaque jour qui passe voit s'éteindre trente espèces ! De plus, les fléaux prendront une dimension plus grande, les récoltes diminueront, l'eau se perdra par l'écoulement dû à la disparition de l'effet d'éponge, le sol se durcira et les eaux verront leur qualité se détériorer. Régionalement, les précipitations diminueront. Il faut savoir que l'évapotranspiration est à l'origine de la moitié des pluies en Amazonie, ce qui est cinq fois supérieur à ce qui se passe dans les zones tempérées. Les inondations et les sécheresses augmenteront, les récoltes iront en s'appauvrissant, les températures auront des extrêmes plus importants et la balance hydrique s'altérera. Mondialement, les incendies de forêt qui touchent l'Amazonie contribueront à l'effet de serre et aux possibles changements climatiques qui lui sont associés. La perte irréversible d'espèces aura des conséquences gravissimes pour la recherche future, notamment en ce qui concerne les médicaments destinés à la lutte contre le cancer ou d'autres maladies. Pour donner un exemple, aux Etats-Unis, le quart des médicaments sont élaborés à partir de plantes originaires des forêts tropicales. Un seul hectare de forêt tropicale amazonienne - non dégradée -, renferme plus d'espèces végétales que l'ensemble du continent européen. Sans intervention humaine, par le seul effet de la sélection naturelle, il faut un millénaire pour qu'une seule espèce s'éteigne. L'activité de l'homme fait disparaître trente espèces par jour. L'homme accélère donc le processus naturel dix millions de fois !
SOCIETE POUR LES PEUPLES MENACES
L'exposition Amazonie-Urgence est organisée par : Solidarité Socialiste-Fonds de Coopération au Développement avecla collaboration de la bibliothèque des Riches-Claires et de la CommissionPro-Amazonie dEspagne. | |||||||
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