LES BOCHIMANS
Dans toute l'Afrique Australe vivaient jusqu'à ces derniers siècles, les BOCHIMANS ou BUSHMEN (hommes des buissons) ou encore SAN, appartenant à la race Khoisan.
Les Bochimans sont en Afrique Australe depuis des temps immémoriaux.
Des squelettes de plus de 50 000 ans ont été découverts faisant déjà état de leur présence.
Les SAN auraient une origine commune avec les Egyptiens des premières dynasties (ce qui ne signifie pas qu'ils viennent d'Egypte).
On a découvert en Tanzanie, en Ethiopie, en Ouganda et au sud du Soudan, leurs belles peintures rupestres et certains de leurs objets artisanaux, comme les sphères de pierre perforées, qu'ils utilisent pour alourdir leurs outils à creuser.
On trouve à travers toute l'Afrique du Sud de nombreux signes de leur ancienne présence. Personne ne sait avec certitude d'où ils sont venus.
Jaunes de peau, les Bochimans sont de petites stature (environ 1,50m), et leurs traits sont mongoloïdes. Leurs cheveux sont coiffés en "grain de poivre".
Les Bochimans, comme les Hottentot (Khoi-Khoi) comme ils se nomment eux-mêmes et les Damaras, parlent des langues de la famille Khoisan (langue à klicks). Les Bochimans parlent 3 langues avec des différences dialectales d'une région à l'autre.
MODE DE VIE
Entre le 12e et le 15e siècles les hommes de type Bochiman ayant été repoussés vers ce que nous appelons actuellement l'Afrique du Sud, leur territoire a été envahi par deux vagues successives de BANTOUS, dont la civilisation plus développée, comportait l'agriculture et l'élevage du bétail. Les Bochimans qui adoptèrent ces méthodes furent, par la suite, appelés HOTTENTOTS.
La résistance qu'ils entreprirent face à ces envahisseurs fut vaine.
Les Bochimans se divisaient en plusieurs cercles:
- Les STRANDLOOPERS vivaient sur les rives de l'océan. Ils se nourrissaient principalement de coquillages, poissons et baleines qui, quelquefois, s'échouaient sur le rivage. Cette alimentation était complétée par la chasse et la cueillette: petits mammifères, oiseaux, plantes.
Toute cette région entière est le désert de NAMIB.
- D'autres Bochimans vivaient à l'intérieur des terres où la vie était plus facile grâce à l'abondance du gibier, de la pêche en rivière et de la cueillette.
Il s'agit donc d'un peuple nomade de chasseurs-cueilleurs.
Dès le 16e siècle, les blancs firent leur apparition depuis le Sud.
Aux siècles suivants, les BOERS (colons d'origine hollandaise), par leur pression démographique, envahirent les terres des San, et par conséquents ceux-ci furent pris en tenaille entre les premiers envahisseurs et les seconds.
Il reste aujourd'hui environ 60 000 à 100 000 Bochimans. Quelques individus sont isolés, comme au Lésotho. (voir carte).
Dans l'ouest de la République Sud-Africaine, une partie de leurs descendants - autrefois domestiques dans les fermes des blancs - font partie des Coloured.
Ils sont tous de sang mêlé, et parlent généralement l'Afrikaans.
A côté de leur histoire telle qu'elle a été écrite par les chercheurs, les Bochimans nous laissent un témoignage gigantesque sur leur propre vision du monde, à travers les gravures rupestres, très nombreuses, dont les plus anciennes sont évaluées à près de 10 000 ans. Elles sont magnifiques encore à l'heure actuelle.
Toute leur vie y est représentée: chasse, danse, magie, guerre, l'arrivée des Bantous, et même l'arrivée des Blancs avec leurs chariots.
Ce livre d'histoire s'arrête fin du 19e siècles avec la disparition des derniers clans de ces régions.
Le dernier refuge des Bochimans actuels est le KALAHARI. Leur mode de vie y est rustique vu l'aridité du climat: 13 cm de précipitations au sud et 50 cm au nord, cela par année et sur une période de seulement trois mois.
Les points d'eau permanents sont occupés par les peuples envahisseurs.
UNE VIE DE CLAN
La cellule de base est le clan. Les relations sont fondées sur le principe de l'égalité.
Semi-nomade sur un territoire déterminé, ils construisent des abris de branchages recouverts d'herbe.
Ils vivaient par groupes familiaux de 20 à 50 individus, sans structure "politique".
La chasse était leur passion. Une bonne partie de la nourriture provenant de la cueillette; mais les famines n'étaient pas rares.
Leur grande connaissance de la nature leurs ont permis d'utiliser plus de 100 plantes comestibles qui entrent dans leur alimentation.
Toujours à la recherche d'eau, les Bochimans boivent l'eau des melons, celle qu'ils trouvent dans les trous d'arbres et dans la panse des animaux qu'ils viennent de tuer. Sinon ils observent les plantes, creusant près d'elles, ils introduisent un bambou dont l'extrémité est pleine d'herbe (filtre) et l'enfonce dans le sable. Ils aspirent l'eau qu'ils rejettent ensuite dans des oeufs d'autruches.
A l'heure actuelle, la chasse est presque partout interdite par les autorités et les propriétaires terriens - sauf dans la région de Tsumkwé, dans le nord-est de la Namibie. Les traditions disparaissent également, car tout le système des valeurs, basé sur le gibier (contes, légendes, mythes, danses) se désagrège avec le changement d'affectation de leur pays, et leur mode de vie.
Leurs terres de chasse deviennent des ranchs et eux, un sous-prolétariat marginalisé.
Grands mangeurs de viande, leur alimentation de base est devenue maintenant, la bouillie de maïs.
Très souvent considérés comme des parasites, ils sont généralement peu fidèles à leur lieu de travail: ils apprécient surtout la sieste, bien qu'ils fassent aussi preuve d'une énergie et d'une vivacité supérieure à leurs voisins.
Ils aiment se rendre mutuellement visite. Ils présentent, hélas, une disposition à l'excès de boissons alcoolisées et n'arrivent pas à comprendre comment ils sont arrivés dans la situation où ils se trouvent actuellement.
Chassant le bétail des fermiers pour se nourrir, les jeunes hommes se retrouvent en masse en prison.
Leurs femmes sont souvent agressées par les hommes des autres ethnies. Certains jeunes renient aussi leur identité, espérant ainsi, monter dans la hiérarchie sociales. Cela les conduisent surtout à l'autodestruction (alcool et violence qui s'en suit), plutôt qu'à se révolter. L'on peut remarquer qu'en Namibie notamment (au Botswana aussi), beaucoup de SAN travaillent pour des paysans blancs ou noirs, parfois sans recevoir de salaire, juste un peu de nourriture ou un peu de bière. Dans ces conditions, la mortalité infantile est très élevée, ne permettant pas le renouvellement des générations.
Des organismes caritatifs tentent de les aider et de les organiser, bien que cela ne soit pas très facile, vu leur manque de structures traditionnelles et leur semi-nomadisme persistant, ce qui les gênent encore aujourd'hui pour se choisir des leaders représentatifs.
LES ANNEES 1990
Camp de réfugiés
Dans le district de GOBABIS (Est de la Namibie), bien des Bochimans "campaient" le long des routes, entre deux places de travail. L'administration gouvernementale rassembla ces "migrants", à 50km au Nord de Gobabis. Là, furent fournies des tentes du HCR et de la nourriture. Ce camp démarra avec à peu près 200 personnes, des Bochimans pour la plupart. Mais ce camp devint vite un "aimant" pour d'autres Bochimans travaillant dans les fermes alentour, jusqu'à 100 km du camp, attirés par la distribution de nourriture.
La situation est vite devenue tragique, le camp comptait ensuite environ 700 personnes, Bochiman sans espoir, qui attendent la pitance du gouvernement.
Le gouvernement a alors décidé d'acheter une ferme de plusieurs milliers d'hectares, dans le Nord du district, ou les Bochimans auraient la possibilité de devenir de véritables agriculteurs libres. Ce projet a, hélas, lamentablement échoué et reflète bien la situation générale.
Les éleveurs HEREROS ont envahi les lieux avec leurs bêtes, les San sont là, sans bénéficier de cette terre, achetée pour eux. Tout cela avec la bénédiction des autorités locales qui - il est vrai - sont composées en majorité, de ces même Hereros.
Toute cette situation permet de comprendre pourquoi les Bochimans sont collectivement déprimés. Victimes du vol de leur terre, de discrimination raciale et sociale. De plus, leur opinion n'est jamais prise en considération par les autorités et les autres peuples d'Afrique australe.
SITUATION SCOLAIRE
Les San/Bochimans sont au plus bas de la hiérarchie sociale et raciale, et peu fiers d'eux-mêmes, leur fréquentation scolaire s'en ressent.
Exception faite de la région connue sous le nom de Bushmenland, au nord-est du pays (Namibie) ou les Bochimans sont majoritaires, ils ne fréquentent que peu les écoles, se sentant discriminés par les autres ethnies.
Les coopérants travaillant sur place, s'efforcent de stimuler les familles afin qu'elles envoient leurs enfants à l'école.
En pleine brousse, un projet de réinstallation est en train de se mettre sur pied. Avec l'aide de coopérants, les Bochimans ont constitué deux villages, à 200km à l'Est de Gobabis: un puits a été foré, quelques pièces de bétail ont été distribué et du matériel pour construire des abris.
Deux Mini-magasins sont en train d'être crées.
Des femmes fabriquent également un peu d'artisanat: des colliers en oeufs d'autruche!
D'autres Bochiman ont encore demandé de l'aide pour la construction d'abris.
Afin de pouvoir établir une coordination entre les différents groupes de Bochimans, on tente d'élire des représentants locaux, mais le but a atteindre est difficile, car le fait d'élire des leaders est complètement étranger à leur mentalité. De plus, les élus risquent de ne pas être reconnus comme tels par leur groupe.
Un projet de formation pour leaders est mis en place afin de leur apprendre la coordination car comment ne pas toujours être piétinés si personne ne vous représente, et être écouté comme représentant d'un groupe dans une Namibie ou tous les Namibiens sont "égaux" à source:
Raymond Martin coopérant dans la région de GOBABIS
Rédaction, R. Martin - Cl. Jaquet.
Société pour les Peuples Menacés - section romande
Case post. 32
1400 YVERDON
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