Indios d'Amazonie

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Quelques Idées fausses sur l'Amazonie

Depuis la redécouverte du continent américain par Christophe Colomb en 1492, l'Amazonie a fait l'objet d'interprétations erronées produites par l'ignorance, la crainte ou l'intérêt. Ces idées fausses ont été le moteur de l'utilisation et du "développement" de l'Amazonie. Leur influence s'exerce plus que jamais de nos jours, particulièrement sur l'action politique.

Quelles sont-elles ?

1 L'Amazonie n'est qu'un interminable tapis vert traversé par de longues et ondulantes rivières.

Rien de plus faux. La région est faite d'une hétérogénéité naturelle, politique et sociale insoupçonnée. Elle n'est pas que cette gigantesque forêt dense où les explorateurs devaient se battre contre la chaleur moite, la pluie, les Indiens, les moustiques et les piranhas. Bref,

"l' enfer vert", dans toute sa splendeur. La prise de conscience du caractère diversifié de l'Amazonie est essentielle si l'on veut établir des stratégies adéquates et spécifiques à chaque zone.

2' L'Amazonie est un espace vide

Cette idée pousse à deux visions antagonistes, toutes deux inadaptées et dangereuses pour la région. D'une part, les nations

qui se partagent l'Amazonie (Brésil, Pérou, Bolivie, Équateur, Colombie, Venezuela, Guyane, Surinam et... France - par la Guyane française) peuvent ainsi l'utiliser comme une soupape de sécurité qui leur permet de réduire pour quelque temps les tensions dans les zones à forte densité de population. C'est particulièrement vrai pour le Brésil, où la politique des trois dernières décennies a été de transférer les populations périphériques des régions surpeuplées vers le vide» amazonien. D'autre part, l'Amazonie doit devenir, pour les nations du Nord tout particulièrement, une réserve naturelle pour l'humanité, éludant ainsi artificiellement le problème des quelque vingt millions d'hommes et de femmes qui y survivent plutôt mal que bien pour la plupart.

3' L'Amazonie est une région aux sols riches.

En fait, la terre amazonienne est si peu fertile qu'elle ne permet le développement ni de l'agriculture ni de l'élevage, sauf sur certaines parcelles très petites. Encore la viabilité de celles-ci, dépend entièrement de la préservation de la couverture végétale naturelle.

Dans la forêt amazonienne, les substances nutritives se trouvent non pas à l'intérieur du sol, mais sur celui-ci, lequel est donc davantage support physique que source de nutriments.

Lorsqu'on met le sol à nu, il s'érode rapidement, de telle sorte qu'à partir de la deuxième ou troisième année, le rendement des cultures ou des pâtures établies dans le périmètre déboisé diminue de manière vertigineuse.

4' L'Amazonie est le "poumon" de la planète.

Système en équilibre, l'Amazonie réutilise tout l'oxygène que ses forêts produisent. Par contre, la contribution du bassin en matière d'eau douce est indéniablement importante : son apport aux océans est de 176.000 m3 par seconde, ce qui représente, à peu près, un cinquième du total mondial.

5' Les Indiens constituent un obstacle au développement ou, a contrario, leur mode de vie est le seul qui convienne à l'Amazonie actuelle.

La première vision est celle des pays du bassin; durant plus de quatre siècles, les Indiens ont dû se soumettre et accepter la "civilisation", avec sa culture et sa religion : c'était leur seule possibilité d'accéder au statut de citoyen et d'obtenir par ce fait le droit de décider de leur propre avenir. La pression constante de l'Église, du gouvernement, de l'armée, des éleveurs et des garimpeiros a conduit de nombreuses tribus à disparaître, tandis que beaucoup d'autres souffrent de problèmes économiques, sociaux et culturels extrêmes. La deuxième vision est née de l'apport anthropologique par lequel le monde industrialisé a découvert le "modèle indien". Ce modèle, façonné par des millénaires, possède beaucoup d'aspects intéressants qui peuvent contribuer à un développement soutenable : les peuples indigènes ont développé des technologies appropriées au milieu, ils cultivent ou cueillent des centaines, voire des milliers de plantes dont ils connaissent les propriétés. Cette réalité objective a conduit des personnes et des institutions, plus particulièrement dans l'hémisphère nord, à en faire la panacée. Il faut pourtant se dire qu'avec l'adoption plus ou moins franche des cultures étrangères et des savoir-faire qui s'y rattachent, le modèle indien a perdu de sa pertinence, les indigènes pouvant détruire l'environnement aussi bien que les autres groupes humains. L'organisation sociale et les aspects sociaux de la production sont aussi importants que le milieu naturel. Il n'est pas possible d'accepter la validité absolue du modèle indien, sauf dans le cas de peuples totalement isolés, ce qui constitue l'exception. Nous devrions plutôt étudier comment ces modèles peuvent "nourrir" un développement soutenable et comment y adapter des techniques ancestrales dont la valeur est reconnue. L'idée d'un développement 1001/. à l'indienne de l'Amazonie est totalement irréaliste.

6' L'Amazonie est la solution aux problèmes périphériques.

Depuis 1945, l'Amazonie est le théâtre d'intenses pressions qui visent à étendre la frontière agricole et à stimuler l'activité économique dans les zones surpeuplées en colonisant "l' hinterland". Une telle attitude a été plus intense au Brésil, au Pérou, en Équateur, en Bolivie et en Colombie qu'au Surinam, en Guyane ou au Venezuela où elle est apparue plus timide, voire tout à fait inexistante. De grands projets de colonisation sont appliqués dans les territoires amazoniens, stimulés par les mythes de l'Amazonie vide et de la fertilité des sols. Ils ont été accompagnés par des programmes routiers, par le déplacement des populations des zones périphériques en crise et par la construction d'une infrastructure urbaine et de centrales hydroélectriques. Le bilan de presque cinquante années de politique colonisatrice est négatif : les problèmes des zones périphériques n'ont pas été résolus tandis que de nouvelles difficultés étaient créées en Amazonie même, où la pauvreté a crû dans des proportions inquiétantes, malgré la dilapidation insensée des ressources naturelles.

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