Indios d'Amazonie

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    Chers amis,

    Vous vous souvenez, sans doute, lors de la parution de nos dernières nouvelles du printemps 96, nous vous avions proposé un document intitulé: "Indiens d'Amazonie - Un constat catastrophique"

    Nous faisions un tour d'horizon de la situation entre 1992 et début 1996.. Cet article faisait suite à la signature, par le Président CARDOSO, du décret 1775/96.(ou 22/96)

    Nous avons reçu des nouvelles et nous compléterons donc cet article du printemps dernier avec ce qui suit...


LA QUESTION INDIGENE AU BRESIL - les défis de l'intelligence.

Source BENTA-GISELDA FERNANDES
(historienne / Anthropologue)

Rappel:
Janvier 1996

Le Président Cardoso signe le décret 1775/96 ou 22/96, menaçant 307 zones indigènes.

Cette signature permet ainsi que les terres officiellement attribuées aux Indiens puissent être contestées par les Etats, les propriétaires privés, les mairies de revendiquer leur droit, "au nom des principes démocratiques", a l'indemnisation ou, démontrer les vices de procédures dans l'identification et la délimitation des terres indigènes, avec effet rétroactif sur les terres non encore enregistrées au SPN (secrétariat du patrimoine national) soit 247 territoires sur 557 selon les estimations.
Le gouvernement soutenant que cette mesure veut éviter, que l'attribution de terres aux Indiens, ne soit déclarée ultérieurement, anticonstitutionnelles.
De cette façon, les "intérêts contrariés" disposent d'une voie judiciaire pour "réclamer des droits lésés".

L'annonce de la signature du décret a provoqué de très vives réactions tant au plan national, qu'international. Indigènes comme non-indigènes concernés par la question ont relevé la reprise des conflits et invasions que l'incapacité de la FUNAI, toujours en crise de budget et de moyens, d'avoir une véritable influence par manque de volonté politique des responsables, pour faire appliquer le texte de la Constitution de 1988, prévoyant la délimitation des terres indigènes jusqu'en 1993.

Le décret 22/91 est pourtant la définition de la pratique administrative qui applique ce qui est prévu dans la Constitution.

COMMENT A ETE VECU 1996 PAR LES INDIGENES.

Voici quelques exemples, mois après mois, dans toutes les régions concernées:

- JANVIER- Les TEMBE retiennent 5 fonctionnaires de la funai en otage, renforçant leur demande afin que débute le processus d'expulsion des envahisseurs de leur terre, laquelle est légalisée depuis 10 ans. 8000 personnes occupent et exploitent, sans contrôle, 60% des 279 mille hectares destinés aux TEMBE (frontière PARA/MARANHAO).

(BAHIA) le gouverneur de l'Etat "désapproprie" la zone indigène PATAXO pour "développer le tourisme".

(BARAO DE ANTONINA/PARANA) L'aire indigène KAINGANG est envahie par de petits fermiers déclarant "qu'avec le nouveau décret, les indiens n'auront plus le droit de démarquer des terres"; à RONDONIA, des fermiers envahissent l'aire indigène des URU-EU-WAU WAU, faisant fuir même les fonctionnaires de la funai.

Les gouvernements locaux et les militaires contestent des zones indigènes (KRIKCATI / MARANHAO ou MARAIUAPSEDE / MATO GROSSO).

L'affaire du territoire indigène de RAPOSA/SERRA DO SOL résume bien toutes les autres: Etat, grands propriétaires et politiciens se lancent dans la bataille bureaucratique pour se disputer la zone indigène MACUXI, WAPIXANA, TAUREPANG, INGARICO. Pourtant le Secrétariat de l'Agriculture de RORAIMA dispose de plus de 2 millions d'hectares non cultivés.

FEVRIER- Heurts violents entre XAVANTE et des voleurs de bois (MATO ROSSO).

MARS - Le président de la FUNAI démissionne devant l'ampleur des problèmes et le manque de soutient. Il est remplacé par JULIO GAIGER qui est déjà le troisième président de la Funai sous le gouvernement Cardoso.

La CAPOIB Conseil d'articulation des peuples et organisations indigènes du Brésil, publie les chiffres concernant les contestations des territoires: 144 au 21 mars 96, mais celles-ci ne concernent que 9 territoires indigènes.

D'autre part, la Funai, 84% des terres indigènes se trouvent envahies par les envahisseurs traditionnels et même par des projets mis en route par l'Etat.

Les GUARANI-KAIOWA de Juti (MATO GROSSO DO SUL) menacent d'un suicide collectif, si leurs terres ne leur reviennent pas.

Les MUNDUKURU (PARA) sont à nouveau envahis par des orpailleurs qui se disent protégés "légalement" par le décret 1775/96.

Fin mars, 80 tribus, 300 chefferies, répondent à l'appel du CAPOIB et se retrouvent à BRASILIA, avec des parlementaires, pour contester le 1775, au moment de la tournée de la Justice, se déclarant toujours ouvert au dialogue avec "les vrais représentants indigènes".

AVRIL - (PERNAMBUCO) A Pesqueira, la mairie et les fermiers revendiquent la terre des XUCURU, région ou les conflits ont tué, depuis 1993, plusieurs personnes dont un fonctionnaire de la Funai.

Le 10 AVRIL, 1145 contestations concernant 55 territoires indigènes sont annoncées. Sur ces chiffres, on relève que 51 d'entre-elles ont été annulées parce qu'illégales. C'est le cas des YANOMAMI dont les terres sont déjà enregistrées et 19 autres émanants de l'Institut résilien de l'Environnement, ORGANE FEDERAL et pour cette raison n'étant pas autorisé a réclamer des zones indigènes.

PARA- Le mouvement des paysans sans terre/ MTS, solidaire des indiens, et manifestant pour l'accélération de la réforme agraire sont mitraillés par la police militaire.-23 morts, des dizaines de blessés.

Fin avril, 4 représentants indigènes entreprennent un voyage en Europe pour débattre de la politique indigéniste brésilienne.

MAI - Les chefferies TUPINIKIM (ESPIRITO SANTO) sont menacés de mort par des inconnus. La région est envahie et les tupinikim ainsi que les GUARANI de la région luttent depuis 1975 pour récupérer leurs terres dont l'entreprise Aracruz Celulose S.A. contrôle plus de 200 mille hectares.

Madame Isa Pacheco, anthropologue et responsable de la Direction des affaires foncières de la Funai pendant 5 ans, est démise de ses fonctions, ayant une fois de plus pris la défense des Indiens.
Raison invoquée: manque de fidélité au président de la Funai et au ministre Jobim.!

JUILLET - Appel de DAVI YANOMAMI dénonçant la reprise des invasions de la terre yanomami - déjà officialisée - et le retour avec aggravation, de ses conséquences chaotiques: Famine, reprise des maladies anciennes, nouvelles maladies, agressions, pollution...

A la fin juillet, le Comité des Droits de l'Homme/ONU/ Genève publie son rapport, le Brésil ayant été l'un des pays soumis à l'analyse de la situation des droits humains pendant cette séance. Le comité demande aux autorités brésiliennes et s'assurer que les forces de sécurité respectent les droits fondamentaux dans l'ensemble du pays.

AOUT- L'armée annonce la distribution de terres pour la réforme agraire dont 1/4 coïncident avec des zones de conservation et des terres indigènes.

TREMEMBE, TAPEBA et CANINDE, 3 des 8 ethnies du CEARA dénoncent les harcèlements voire les agressions journalières contre eux ou encore la "distribution" de leurs terres par des politiciens à la recherche de voix électorales - les élections approchent!

OCTOBRE - Un appel pressant est lancé conjointement par le CIMI et la mairie de l'Etat de Belo Horizonte, concernant la sauvegarde des 90 KRENAK vivant sur 100 des 4000 hectares qui leur reviennent de droit, selon la justice, et qui sont envahis par des "fermiers".

Les MACUXI, WAPIXANA, TAUREPANG et INGARIKO (RAPOSA/SERRA DO SOL, RORAIMA), réalisent l'autodémarcation de leurs terres, dont les dimensions ont été déterminées par la Funai en 1991, terminant les travaux le jour de l'arrivée de M. Jobim qui est en visite dans la région.

Dans le courant de 1995, 2 communes avaient été créées à l'intérieur des terres indigènes.

A la mi-octobre, les représentants de 16 peuples habitant le Parc National du XINGU (MATO GROSSO) dénoncent, dans une lettre à la Funai, l'invasion de leurs limites fluviales, par des inconnus non indiens.

Les WAIMIRI-ATROARI (AMAZONAS) continuent de revendiquer leurs anciennes terres, dont ils ont été spoliés (1960/70) au profit de l'entreprise Paranapanema, premier producteur mondial de cassiterite. De plus, 250 mille hectares sont inondés par Hydroélectrique BALBINA.

Le ministre de la justice déclare que jusqu'en décembre, il y aura une décision concernant la démarcation de la région de Raposa/Serra do sol et que jusqu'à la fin du mandat présidentiel de Monsieur Cardoso (1998), toutes les terres indigènes (11% du territoire National) seront démarquées (nul ne sait dans quelles conditions!)

A la fin du mois d'octobre, ont couru des rumeurs de restructuration ou d'extinction de la FUNAI.

Les XAVANTE, venus à Brasilia, ont énergiquement questionné le président de la Funai, les GUAJAJARA (MARANHAO) et les KAINGANG (SANTA CATARINA) prennent des otages afin de forcer les solutions de différents problèmes traînant dans la machine bureaucratique, soit par manque de budget, soit simplement par habitude.

En RARAIMA, on déplore la mort de 8 bébés de 4 différentes ethnies, par manque de structure hospitalière adéquate et manque de ressources financières.

NOVEMBRE - Annonce, par la Funai, d'un plan afin de prévenir les risques du SIDA parmi les Indiens. Selon le CIMI (Conseil missionnaire indigène), 11 personnes en sont mortes depuis 1989, 20 personnes sont contaminées selon la Funai.

Après l'analyse de 1882 contestations, la funai décide que "8 zones indigènes sont passibles de révision de leurs limites territoriales; il s'agit des EVARE (Amazonas), les TICUNA et les COCAMA APYTERAWA (Para), les PARAKANA (Roraima). On se demande tout de même où on en est dans les délimitations "accélérées" par le nouveau décret ???

Le rapport du CIMI sur la violence contre les peuples indigènes (1994/95) est publié: au total, 123 716 cas de violence contre des individus/communautés, appartenant à plus de 113 ethnies sur les 215 répertoriées, soit 99,6% des cas sont attribués au pouvoir publique, soit par omission, soit par abus de pouvoir.

LE 17 NOVEMBRE, la zone indigène habitée par les KITHAURLUS sous groupe NAMBIRAWA (Mato grosso), enregistrée depuis 1990, envahie depuis longtemps par 8000 orpailleurs et forestiers, attend le retrait des envahisseurs, annoncé par la Funai et la police fédérale, depuis juillet 96, mais "ils manquent de moyens".

Après une rencontre avec les autorités, les envahisseurs promettent d'évacuer la zone. Trois jours plus tard, Sarare est attaquée par 10 hommes armés qui font régner la terreur dans l'aire, toute la journée.

Le mot tabou au Brésil, "Génocide/tentative de génocide" est lancée par quelques spécialistes, crime prévu par la législation brésilienne depuis octobre 1956. Reste à attendre les résultats de l'enquête policière, si celle-ci aboutit!

La protection de Sarare sert de marketing pour la manutention du Prodeagro, projet de la Banque Mondiale qui prévoit aussi une "composante indigène" avec un budget spécifique pour la protection de la zone.

Pour terminer, il y a pléthore de sujets en discutions dans la vie politique du pays concernant également les Indiens brésiliens, leur survie et leur environnement, ceci bien sûr, SANS QU'ILS PUISSENT AVOIR ACCES AUX DEBATS.

Quelques exemples:

- "Protocole vert" pour l'application de projets économiques.

- le "Paquet amazonien" protection de l'environnement.

- Réforme agraire.

- Création de 2 nouveaux territoires dans la région amazonienne.

- La biodiversité.

- Le statut de l'Indien (estatuto do Indio).

- ...

Impliqués dans un effort d'organisation et d'articulation qui est récent (fin des années 70) mais qui témoigne de leur décision de s'autodéfinir, les Indiens trouvent soutient dans l'action et l'engagement de certains politiciens et de la société brésilienne, à plusieurs niveaux.

Il reste que le gouvernement ignore toujours le dialogue direct avec eux, comme il l'a fait avec les "Sans terres". Il a fallu deux massacres pour amener le gouvernement à une ouverture de dialogue. On peut craindre que le prix à payer par les Indiens sera sans comparaison, étant donné qu'on prépare soigneusement les "COMMEMORATION DU Veme CENTENAIRE DE LA DECOUVERTE DU BRESIL" pour l'an 2000....

DECEMBRE - Début de la troisième année de la Décade des Peuples Indigènes/ONU.
Thème: la terre et l'environnement.

CYNISME

"C'est une valeur fondamentale du processus démocratique qu'une personne puisse se faire entendre, même si ses raisons sont fausses". (Ms Nelson JOBIM-ministre de la Justice - 10.2.96)

Combien de procès juridiques opposant indigènes et envahisseurs sont-ils en cours?

Combien de jugement pro-indigènes ont été appliqués?

Combien d'enquêtes ont-elles aboutit?

Combien de magistrats ont ignorés les dossiers anthropologiques parce que les "anthropologues ont des partis pris"?

UNE FLEUR - au gouverneur de l'AMAPA, Joao Alberto CAPIBARIBE pour soutenir, auprès des organisations internationales, les demandes indigènes de révocation du décret 1775.


Source BENTA-GISELDA FERNANDES (historienne / Anthropologue)

(rédigé a partir d'archives personnelles et en collaboration avec l'Association mission Tremembé/ AMT, le Conseil indigène Tremembé d'Almofala /CITA, la Campagne pour la démarcation des terres indigènes au Ceara")

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