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Bruno-Manser-Fonds
Infos bois - réunies par Roger Graf
Bravo!
Depuis la parution de la dernière lettre circulaire (septembre 1996), une nouvelle localité - la commune alsacienne de Roeschwoog - a décidé de renoncer à l'emploi de bois tropicaux dans les bâtiments publics.
Honteux!
Mandatée par le Malaysian Timber Council (MTC), l'agence de publicité Shandwick (la plus grande du monde) s'est lancée dans la défense et la promotion du bois malaysien provenant des coupes industrielles, et cela auprès des politiciens et du grand public, ainsi que dans les milieux scolaires. Un exemple frappant de cette campagne publicitaire est le film "Tropenholzboycotteure auf dem Holzweg" (boycotteurs de bois tropicaux sur les pas des bûcherons), produit par le Westdeutscher Rundfunk (WDR). Ce film laisse entendre qu'il existe en Malaysia d'importantes surfaces forestières exploitées de manière rationnelle et durable, et que les consommateurs européens seraient bien avisés de soutenir cette forme de sylviculture en achetant le bois tropical qu'elle produit.
Hélas, ce bois n'existe pas en Europe! La porte en bois tropical avec certificat écologique, filmée en Angleterre, est en réalité en hévéa de plantation, et non en bois de "sylviculture durable" comme on nous le laisse entendre. De plus, durant les 45 minutes que dure le film, il n'est pas question une seule fois des conséquences, pour la population locale, de l'exploitation intensive du bois, et ceci bien que plus de 700 indigènes aient été incarcérés depuis les années 80, pour avoir osé résister. Le film donne donc - à tort - une bonne conscience aux Européens qui achèteraient à nouveau du bois malaysien.
Le lobby du bois tropical a décidé de produire une version plus courte de ce film à l'intention des écoles allemandes, une opération que le MTC soutient par une contribution de 30'000 DM. L'agence Shandwick participera à la réalisation thématique du film et un institut de l'audiovisuel ("Institut für Film und Bild in Wissenschaft und Unterricht") le distribuera dans les écoles allemandes.
Le film bénéficie par ailleurs d'un important soutien politique. Ainsi, les deux auteurs (Thomas Weidenbach et Uwe Kersken) ont reçu le Prix des Journalistes, d'un montant de 4'000 DM, le 22 octobre 1996 à Berlin. Ce prix est décerné par un ministère allemand (Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit). Si le WWF Allemagne a applaudi, toutes les autres organisations allemandes de défense de la forêt pluviale - ainsi que le BMF - ont protesté avec véhémence, mais sans succès, contre cette provocation médiatique.
Sous le titre "Boycott gegen Tropenholz am Abbröckeln" (le boycott des bois tropicaux s'effrite), l'organe central du lobby helvétique des bois tropicaux, la "Schweizer Holzzeitung", a écrit le 25 juillet 1996 que la firme allemande Siforzal a demandé la certification FSC pour du bois zaïrois. Et il ajoute que si ce bois tropical obtenait l'écolabel FSC, le boycott n'aurait plus de raison d'être, Siforzal étant le principal fournisseur de bois tropicaux du marché suisse. Le processus de certification aurait déjà débuté. La "Schweizer Holzzeitung" affirme que "des échanges de vues approfondis ont lieu avec les autorités locales zaïroises". Si des conversations avec des autorités corrompues sont tout ce que le périodique peut rapporter de la conversion des forêts concernées à une gestion écologique et durable, nous préférons continuer à nous passer des bois tropicaux de Siforzal.
Traduction d'un article paru dans le "Tages Anzeiger" (Zurich), le 8 août 1996
La Confédération a utilisé du bois tropical pour l'une de ses constructions
Les défenseurs de l'environnement critiquent le recours à du bois zaïrois pour le nouveau bâtiment du Laboratoire fédéral d'essai des matériaux à Saint-Gall
Pour économiser 80'000 francs, l'Office des constructions fédérales a choisi du bois zaïrois plutôt que du chêne indigène pour le nouveau bâtiment du LFEM à Saint-Gall. Par une attestation, le ministre de l'environnement du Zaïre certifie que la compagnie d'exploitation concernée ne nuit en rien à la forêt tropicale. Mais les organisations de défense de l'environnement estiment cette attestation peu crédible.
Le bois tropical est un produit controversé. Nombre d'experts pensent qu'en Suisse, nous ne devrions utiliser ce bois que si nous avons la garantie qu'il est produit selon les principes d'une gestion durable des ressources - donc, en particulier, s'il provient de forêts dont le quota d'exploitation ne dépasse pas le taux de régénération. Jürg Reding, de l'Office fédéral des affaires économiques extérieures, explique en quoi il peut être utile d'importer en Suisse du bois produit dans des conditions écologiquement acceptables: "La possibilité d'exporter augmente la valeur du bois tropical. On constate ainsi une diminution des défrichements destinés à l'agriculture et à l'élevage." C'est la raison pour laquelle le Conseil fédéral ne veut pas d'un boycott généralisé. Mais il est vrai que le contrôle du mode de gestion des forêts est extrêmement difficile, comme dans le cas du bois zaïrois utilisé pour cette nouvelle construction, devisée à près de 100 millions de francs.
Moins cher que le chêne suisse
L'Office des constructions fédérales n'avait pas pour objectif de protéger la forêt tropicale. En important du bois d'ayous (ou abachi) du Zaïre, il voulait économiser 80'000 francs. Initialement, il était prévu d'équiper les quelque 500 portes du bâtiment de seuils en bois de hêtre. Mais pour des raisons de sécurité, les architectes se sont vus contraints de se tourner vers le bois de chêne, nettement plus cher. Finalement, on opta pour l'ayous zaïrois, aussi peu combustible que le chêne et aussi avantageux que le hêtre. Ainsi, 13 m3 de bois tropical ont contribué à l'installation des portes et 2 m3 à celle des stores, sur la paroi nord du bâtiment.
L'entreprise importatrice a pu certifier que l'ayous utilisé provient d'une forêt gérée de manière écologique et durable. Dans l'attestation signée le 14 mars 1994 par le ministre zaïrois de l'environnement, on peut lire que la compagnie forestière, la Société industrielle et forestière zaïro-allemande (Siforzal) "exploite le bois de manière à conserver le capital forestier. L'entreprise fait chaque année l'objet d'un contrôle." Siforzal est aux mains d'un importateur de bois allemand, Karl Danzer (Reutlingen).
Une attestation peu crédible
Susanne Breitkopf, de l'organisation allemande "Rettet den Regenwald" n'accorde aucun crédit à cette attestation: les firmes étrangères peuvent acheter ce genre de papier à bon compte. Elle ajoute que même si l'on n'exploite que certaines essences au bois précieux, celles-ci risquent finalement de disparaître. D'autre part, des bûcherons braconneraient dans la forêt pour assurer leur alimentation. Enfin, dit-elle, la population du Zaïre ne profite guère de l'exportation du bois tropical, les profits allant essentiellement aux firmes étrangères.
A Bâle, Roger Graf (Bruno-Manser-Fonds) déplore que l'attestation signée par le ministre de l'environnement ne mentionne pas de quelle région provenait le bois. Ainsi, il n'est pas possible de vérifier quoi que ce soit. Quant à Bruno Manser lui-même, il a écrit une lettre de protestation à la conseillère fédérale Ruth Dreifuss.
L'appel au boycott est suivi d'effet
Selon Christoph Wiedmer, expert forestier de l'organisation Greenpeace, il est impossible de contrôler si un bois provient vraiment d'une forêt gérée de manière écologique et durable. Greenpeace appelle par conséquent au boycott de tous les bois tropicaux, à l'exception du bois à label FSC (Forest Stewardship Council), encore très peu répandu.
En Suisse, l'appel au boycott a été suivi d'effet. A la fin des années 70, on importait encore chaque année près de 62'000 tonnes de bois tropical. En 1995, le chiffre est tombé à 16'000 tonnes - et même à 11'000 tonnes en 1994. Quoiqu'elle ne soit pas impliquée dans le choix de la Confédération, la ville de Saint-Gall a réagi aux protestations qu'il a soulevées en renonçant elle-même à l'emploi de bois tropicaux: dans la station de bus du centre-ville (dessinée par l'architecte Santiago Calatrava), les voyageurs attendront sur des bancs en bois de chêne suisse, et non en bois d'iroko ivoirien.
Commentaires du BMF concernant l'article du "Tages Anzeiger"
par Roger Graf
1. Produire du bois selon le principe de la gestion durable des ressources ne signifie pas seulement que le quota d'exploitation ne doit pas dépasser le taux de régénération. La gestion forestière durable a aujourd'hui une signification beaucoup plus large, qui englobe aussi le maintien de la biodiversité et la conservation des multiples fonctions de la forêt. De plus, elle tient compte d'aspects sociaux. Si une population locale, par exemple, ne retire aucun avantage de la vente du bois - voire subit des préjudices - et manifeste son opposition, les conditions d'une exploitation durable ne sont pas réunies; c'est du moins l'avis des associations pour la défense de l'environnement.
2. La déclaration de Jürg Reding, de l'Office fédéral des affaires économiques extérieures, selon laquelle les défrichages pour besoins agricoles diminueraient grâce aux possibilités d'exportation des bois tropicaux, constitue une justification un peu simpliste de l'importation de ces bois. En Afrique occidentale, où la densité humaine est élevée, ce sont précisément les routes créées pour l'exploitation forestière qui permettent l'installation de nouvelles colonies de peuplement. En Amérique latine, où la consommation de viande est traditionnellement élevée, la forêt n'est pas détruite à cause d'une valeur insuffisante du bois tropical, mais parce que l'accroissement de la demande entraîne une constante extension des élevages.
En Malaysia, la population locale n'exerce pratiquement aucune pression pour l'obtention de nouvelles surfaces agricoles: la densité de la population est très faible et l'on assiste plutôt à la désertion des campagnes. Les forêts malaysiennes sont d'abord exploitées "sélectivement". Puis, après quelques années, une autre compagnie vient prendre ce qui reste de commercialisable. Finalement, la surface dégradée est transformée en plantation pour la production de caoutchouc ou d'huile de palme. Le plus grand exportateur de bois tropicaux du monde n'a donc aucun intérêt à gérer durablement ces forêts, c'est-à-dire - entre autres - à conserver ou à accroître, à long terme, la valeur du bois qui s'y trouve. Les concessions d'exploitation et les actions des grandes plantations sont d'ailleurs entre les mains des mêmes personnes.
La justification présentée par l'Office fédéral des affaires économiques extérieures repose par conséquent sur un fantasme; ou alors, elle serait à considérer comme une mystification de l'opinion publique. Si cet office veut vraiment aider les pays pauvres du Sud, il doit accorder la priorité à la conservation des forêts. Car la valeur économique des produits secondaires des forêts (gibier et poisson, légumes et fruits sauvages, plantes médicinales, matériaux divers, etc) dépasse la valeur du seul bois, exploité généralement à court terme.
3. Il paraît douteux que le surcoût lié au choix d'un bois indigène plus résistant au feu ait pu s'élever à 80'000 francs. Consultée par le BMF, la firme Norma Reiden SA se dit en mesure de proposer des portes incombustibles "T30 BVD" en peuplier lamellé indigène au même prix qu'en ayous africain. Un supplément de prix pour du chêne suisse serait toutefois justifiable en tant que mesure de soutien à l'économie forestière du pays: il serait sans doute préférable d'utiliser du bois indigène pour les constructions fédérales que de subventionner cette économie à coups de millions.
Bruno - Manser - Fonds
Association pour les peuples de la forêt pluviale
BMF, Heuberg 25,
4051 Bâle, Suisse
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